Modèle psychosocial de la communication

[Total : 0    Moyenne : 0/5]

3 approche psychosociale des processus de communication

31 définitions de la communication en psychologie sociale

Jean Ives Martin et Anzieux

Dans le communication entent en contact non pas une boite noire émettrice et une boite noire réceptrice (représentant les deux interactants) mais un locuteur et un allocuté, ou plus généralement, deux ou plusieurs personnalités, engagées dans une situation commune et qui se débattent avec des significations.

Les facteurs de personnalité renvoient aux motivations, caractéristiques personnelles prenant en compte leur état émotionnel, culturel, leur système de valeur, le cadre de référence, devant beaucoup à leur histoire personnelle. Par exemple, dans une situation d’écoute professionnelle (info sida), l’histoire personnelle tant des écoutants que des appelants joue un grand role. On peut imaginer que le choix de devenir écoutant est lié à l’histoire personnelle qui a rendu l’écoutant sensible au problème du sida. L’écoute va varier en fonction de l’histoire et de la façon de l’interpréter, d’y réagir de l’écoutant.

Les facteurs se trouvent dans un débat de signification : communiquer, c’est aussi construire ensemble des significations qui n’étaient pas forcément données au départ. Comment se construisent elles au-delà de l’information transmise ? il ne s’agit pas d’un simple transfert de l’information : on retient l’idée que le sens ne se transporte pas avec le message, mais est toujours le résultat d’une élaboration active de la part du récepteur comme de l’émetteur. Ils donnent tous deux du sens au code par l’activation de deux processus : le filtrage de l’information qui consiste en une sélection et transformation du message. Celui-ci est fonction de objet du message, de l’interlocuteur, des stéréotypes etc. L’autre processus est l’association libre, encore appelé effet de Halo dans le sens où ce que l’on entend résonne au point parfois de transformer le message à travers ces résonances. Cela consiste à relier ce dont on parle, ou ce que l’on entend avec des éléments de son expérience personnelle, à des éléments qui ont des résonances affectives qui peuvent être extrêmement fortes. Ceci attribue une signification différente au rôle d’écoutant.

Image hébergée par servimg.com

Une situation sociale

On a parlé de situation sociale, de situation commune, qu’entend ion par là ? Elle motive, rend possible et parfois sanctionne la communication. Elle définit les positions des communicants dans cette situation là (statuts et rôles) de ceux qui communiquent, les enjeux de la communication c’est-à-dire les risques et les bénéfices attendus de cette communication.

Rencontrer un prof à la fac ou à un match de foot n’implique pas les mêmes rôles et ne porte pas les mêmes enjeux, qui sont inégaux pour les uns et les autres, contrairement à une vision stéréotypée, démagogique de la communication où chacun aurait une place égale. Il y a pour cette raison une nécessité de poser un contrat de communication, des règles de jeu pour éviter de courir trop de risques. La communication est parfois violente au lieu de spontanée, authentique, directe, immédiate.

La situation sociale va au-delà du référent et du contexte dans lequel la communication prend place, le lieu et le moment où elle se produit. Les paramètres physiques sont aussi porteurs de dimensions sociales qui vont jouer de tout leur poids sur la situation de communication.

Prenons l’exemple d’un entretient de recherche. Durant cet entretient, les deux interactants occupent la place de l’interviewer et de l’interviewé. La situation sociale de cet entretient est donc constituée par les caractéristiques sociales et professionnelles des individus mobilisés, comme le sexe, l’age, l’origine culturelle etc. trop de différences peuvent gêner, freiner voire empêcher l’entretient, car les deux individus vivrent dans des mondes trop différents, ou ont des rapports de pouvoir trop importants.

Il existe un certain nombre d’informations pour éclairer l’interviewé sur ce qu’il doit attendre etc. Faute de savoir quoi dire, la conversation aura tendance à porter sur son travail, ou autre sujet banal qui n’apporte rien à l’intervieweur.

Par situation sociale, on entend l’ensemble des conditions sociales qui donnent un sens à cette communication si on ne veut pas qu’elle se réduise à un échange quasi naturel entre deux individus. La communication à distance et l’idéologie Internet, au contraire, se base sur l’idée qu’il n’existe aucune barrière entre les individus.

Le statut

On entend par statut tout positionnement social que l’individu occupe dans un système particulièrement, social, politique et économique à un moment donné. Le statut à une dimension évaluative et hiérarchique dans le sens où tout positionnement ou caractéristique permettant de préciser la condition ou le rang d’un individu parmi d’autres possibles dans une société donnée. Les statuts définissent les catégories sociales par rapport auxquelles il est possible de définir mais aussi de classifier les individus. Le statut peut être haut ou bas, élevé ou inférieur etc. il définit donc un rang dans une échelle sociale de prestige et de pouvoir.

Le statut a aussi un rôle prescriptif ou institutionnel car il renvoie à l’ensemble des attributs liés à la position d’un individu dans ce système et certains comportements auxquels sont détenteur peut légitimement s’attendre de la part des autres. Cela renvoie à des normes de comportement définissant l’interaction. Le cadre légal du statut permet d’attribuer à chaque position (statut) des droits, des devoirs, des obligations, qui peuvent évoluer. Cette dimension prescriptive correspond à des normes de comportement définissant ce que doit faire le détenteur de ce statut, mais aussi ce que doivent faire ou non les autres à son égard.

Cela rejoint la notion de rôle prescrit, c’est-à-dire l’ensemble des conduites normales requises d’un sujet lorsqu’il possède tel statut social. (Maisonneuve 1973). Le modèle organisé de la conduite relatif à une certaine position dans un ensemble intégrationnel (Rocheblaie Sperté)

Dimensions du rôle

Le rôle est la dimension dynamique du statut. Le mot vient de rotulus, un rouleau qui servait aux acteurs en leur donnant leur texte. Il s’agit de la référence à ce qui est attendu d’un individu, tant par son comportement qu par ses actions, quand on occupe une position sociale, un statut. On distingue cependant trois types de rôles.

Le rôle prescrit se définit au niveau institutionnel. Il s’agit d’un système d’attentes existant dans le milieu social, décrivant idéalement ce que doit faire la personne, cette description étant faite non seulement par celle personne elle même, mais aussi par les membres du groupe. cette description est donc largement consensuelle, communément admise. Mais au delà du statut, l’individu s’approprie le rôle qu’il incarne. c’est là qu’intervient le second aspect du rôle.

Le rôle subjectif se traduit au niveau individuel la personnalité de celui qui assume le rôle afférent aux différentes positions qu’il occupe de façon plus ou moins fidèle par rapport aux modèles en vigueur dans la société ou dans le groupe local concerné. Cela conduit à des innovations dues au détenteur du rôle, qui peuvent prendre la forme d’ajouts, de retraits de comportements, au point parfois de surprendre par exemple, toujours dans le cas du service d’information sur le sida, les appelants.

Le rôle en acte lui correspond quant à lui aux conduites manifestes propres au tenant d’une position et renvoie à sa part d’autonomie par rapport aux rôles qui lui sont prescrits. Ceci prend place au niveau comportemental et interactionnel. Il traduit l’aspect fonctionnel sur celui pragmatique du rôle car il se définit dans une situation d’interaction. Le rôle est assuré ou non en fonction des prescriptions, et à noter qu’il peut aussi varier de la perception que la personne a de son propre rôle. On voit là l’aspect théâtral et imaginaire: jouer un rôle, se prendre pour son personnage, porter un masque social qui sert à dissimuler sa personnalité…

Quelle est la fonction des statuts et rôles dans la communication?

Dans le service d’écoute, la personne qui travaille par la biais du téléphone interagit avec une personne préoccupée par ou malade du sida. Cette interaction met aux prises deux statuts différents: appelant et écoutant. L’écoutant permet à l’appelant d’identifier, sans connaître une personne au bout du fil et ce, 24/24. ces différences de statut posent un cadre de référence pour les appelants mai aussi pour les écoutants qui savent ce que le service dans lequel ils travaillent attend d’eux. Tout statut est par nature relationnel, il se caractérise pour la personne qui l’exerce par un ensemble de droits (formation, rémunération, etc.) et de devoirs (confidentialité, anonymat, soutient). Les statuts et rôles assurent des fonctions au niveau individuel mais aussi social. En jouant les différents rôles qui nous sont confiés, on intériorise des normes, des valeurs, des cadres de référence, des systèmes de conduite. Au delà d’une simple imprégnation, cette intériorisation désigne aussi les milieux d’évolution et d’influence auxquels on va être exposés. la réaction au statut et rôle social confié est construit selon la personnalité de l’individu, chaque rôle est un modèle d’apprentissage social avec un versant de socialisation d’intériorisation, de personnalisation (par rapport à un être passif qui absorberait tout) par appropriation, intégration des rôles et fonctions d’autres milieux, d’autres rôles qui sont parfois contradictoires. « On joue nos rôles de façon à montrer que nous ne sommes pas réductibles au rôle qu’on veut nous faire jouer ». On participe aussi à leur évolution, transformation, ce qui constitue le versant actif, la part active de l’individu dans le rôle, sa définition, sa pratique. Il existe un décalage, une contradiction entre le rôle prescrit et le rôle en actes. Par exemple les rôles professionnels viennent souvent en contradiction avec d’autres rôles (parental, familial, associatif etc.)

Ils agissent au niveau interactionnel et social car ils permettent de réguler l’interaction entre les interlocuteurs. Ce rôle de régulation se fait par l’information des interlocuteurs sur la nature de leurs rapports sociaux. Les rôles sont complémentaires, si un rôle met en relation à d’autres, les attentes concernant celui ci sont plus ou moins partagées. Ils nécessitent parfois un ajustement, et requièrent donc une capacité à métacommuniquer, savoir faire évoluer la situation de communication.

Dans notre exemple, l’écoutant doit très rapidement savoir analyser la demande de l’appelant, situation dans laquelle les attentes concernant les deux rôles jouent beaucoup. il existe une sorte d’anticipation des conduites que font les deux parties, en fonction de ce qu’ils savent être leur position et celle de l’autre dans le contexte qui les réunit. Celle ci est importante car elle détermine ce que les interlocuteurs ont à faire ensemble dans la situation. Ces connaissances peuvent gêner ou faciliter l’échange, selon leur partage.

Un appelant qui est tombé sur quelqu’un de très empathique la première fois, et qui se retrouve avec un écoutant centré sur le fait de fournir des informations se trouvera surpris, car il s’attendrai à autre chose; traiter en fonction des règles de l’écoute posées peut faire échouer la communication.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *