L’approche de l’opérateur en ergonomie : prise en compte de la variabilité

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(2) variabilité
La variabilité fait référence à la variabilité intra individuelle : le travail fait appel à des ressources physiques, cognitives, affectives etc. de l’opérateur, or celles-ci ne sont pas stables : elles varient à plus ou moins long terme en fonction de la fatigue, de la saturation cognitive liée à une tâche précédente, etc.

Sur le court terme, les rythmes biologiques constituent un premier facteur de variabilité. L’organisme obéit à des rythmes, notamment circadiens qui sont assimilables à une courbe sinusoïdale de période 24h. Ces cycles concernent entre autre la température corporelle, la production d’hormones, le niveau de vigilance, mais aussi des processus psychiques telles que la mémoire. Ces variations sont particulièrement bien observables dans le cadre du travail posté.

Queinnec a réalisé une étude sur le travail posté en 3*8 dans une industrie chimique qui n’existe plus à ce jour. L’étude portait sur le travail en salle de contrôle, où les opérateurs devaient surveiller des tableaux d’information en rapport à un processus continu. Par groupes de 2 ou 3, elles consultent régulièrement les panneaux et doivent passer des messages pour réguler certaines situations.

L’observateur s’est intéressé aux consultations des panneaux à travers les déplacements dans la salle. Il remarque trois stratégies de prises d’information :
La prise d’information ponctuelle (l’opérateur prend l’information sur un panneau et se rassoit).
La prise d’information par balayage (l’opérateur regarde tous les panneaux en faisant une ronde).
La prise d’information par lecture (l’opérateur cherche l’information sur des tableaux spécifiques, par exemple 1-3-12)

Il remarque que la répartition des stratégies en terme de proportions varient selon les horaires et sont en particulier très différents la nuit comparé au jour. Il formule deux hypothèses : Compte tenu de leur état physiologique, les opérateurs mettent en place des stratégies moins couteuses la nuit. En début de nuit, sachant le difficultés qu’ils vont rencontrer plus tard, les opérateurs se forment une vision plus globale de la situation/du processus, pour anticiper sur les problèmes qu’ils risquent de rencontrer au cours de la nuit.

Valérie Andorre a fait la même étude quelques années après, suite à une informatisation des panneaux. Elle a observé la fréquence de la prise d’information en fonction des pages-écrans consultées, selon leur catégorie. Lors de l’adaptation des outils, il faut prendre en compte les stratégies que les opérateurs mettent en place : si les observations n’avaient été faite que de jour, le logiciel employé par la suite aurait pu ne pas du tout être adapté au travail de nuit, en ne montrant pas les informations recherchées par l’utilisateur de façon cohérente pour celui-ci. Cela est d’autant plus un risque que le travail de nuit est souvent méconnu de ceux qui l’organisent.

La variation à long terme découle en particulier de l’âge et de l’expérience des opérateurs, au cours de leur vie active. Si de grandes différences interindividuelles sont présentes, il y a néanmoins des transformations avec l’âge. Les fonctions musculaires et cardiovasculaires baissent, de même que les fonctions cognitives : les tests de performance mnésique donnent de moins bons résultats.

Au contraire, l’âge peut aussi contribuer à des modifications positives notamment en termes de compétences et d’expérience. Les opérateurs âgés mettent en place des stratégies pour limiter les altérations physiques et compenser leurs déficits. Elle peut aider à limiter l’effort physique.

Une étude réalisée au Québec relative aux auxiliaires de vies montrent que celles-ci, lorsque atteintes de lombalgies, (donc parmi les personnes les plus âgées), du matériel est utilisé pour limiter les ports de charge et ainsi préserver leur santé. Les personne âgées ont souvent tendance à ne pas avoir confiance en leur mémoire, ce qui les amènent à utiliser des pense bête etc.

Corrine Gaudart s’est intéressée à des opérateurs sur des chaines de montage de moteurs de voiture. Leur tâche consistait à fixer une pièce principale sur un moteur. Un nouveau moteur arrivait sur la chaine toutes les 1.20 minutes, et le modèle du moteur variait. Le travail se découpait en trois phases : s’approvisionner en vis et pièces principales, prévisser manuellement la pièce sur le moteur, puis effectuer un vissage pneumatique.

L’observation a révélé que les jeunes étaient beaucoup plus mobiles et lents que les opérateurs âgés. Les différences observées prenaient surtout place dans la première phase. Les jeunes se déplaçaient souvent pour récupérer de nouvelles vis, alors que les personnes âgées étaient beaucoup plus statiques. Celles ci avaient mis en place une stratégie leur permettant de bloquer et sélectionner dans leur main gauche toutes les vis dont ils avaient besoin, ce qui leur permettait de les glisser dans sans contrôle visuel à l’endroit voulu, à partir d’un endroit bien précis de leur main. Ceci leur permettait de gagner du temps et d’éviter des déplacements.

La démarche ergonomique analyse et prend en compte cette variabilité inter et intra personnelle toujours dans le but de proposer des aménagements souples qui puissent s’adapter aux différences de chacun, selon l’horaire de travail et le moment de la vie active de l’opérateur.
L’ergonomie participe ainsi à la compréhension de la part que prend le travail dans le vieillissement prématuré, et permet d’autre part d’extraire les compétences des éléments les plus âgés pour les dispenser et améliorer les conditions de travail de tous.

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