Symbolisation et pensée sociale construisent un sens commun dans la constitution du groupe6 minutes de lecture

Que recouvre le processus de symbolisation ?

Nous allons nous baser sur l’exemple de l’usine Job. Les témoignages de ses employés ont reconstruit l’histoire de cette entreprise. En l’occurrence, il s’agit d’un agent d’entretien provenant d’un sous-traitant. L’usine Job fabriquait un papier de qualité supérieure qui était perçue comme l’identité groupale. Quand ils parlaient de papier, les employés ont lié leur appartenance à cette identité: département, syndicats, postes, équipe etc. Il existait des conflits entre les différentes équipes, mais le fait de vouloir faire quelque chose de bien les réunissaient. Le processus mis en évidence ici est la symbolisation.

La symbolisation est le processus par lequel on construit des symboles. Ici il représente l’objet en son absence – d’autant plus que l’usine n’existe plus. La symbolisation met à distance du réel. Elle enferme plusieurs significations. Le symbole peut se présenter sous la forme d’une image, comme l’allégorie de la faucheuse pour la mort de la balancer de l’été pour la justice. Il peut aussi s’agir d’un emblème comme la croix chrétienne, le foulard, l’anneau nuptial, les anneaux des jeux olympiques.

L’hopitalité et le symbole

Son origine vient de l’hospitalité, la Tesserre : il s’agit d’un jeton coupé en deux, dont chacun garde une moitié. On se retrouve comme l’autre de l’autre, lorsque les deux parties sont réunies au cours des retrouvailles. De nos jours, certaines objets descendent de ce processus : ils sont déchirés et chacun en garde la moitié. Les deux parties se font reconnaître et peuvent rétablir leurs liens d’hospitalité grâce à ce symbole. Ce sont des processus représentationnels par lesquels on transforme des objets sociaux en catégorie symbolique. Cela leur confère un statut cognitif permettant d’appréhender les aspects de la vie ordinaire par un cadrage de nos propres conduites à l’intérieur des interactions sociales. (Fischer, 1987)

Fonction du symbole

Bourdieu et Hoffman ont étudié la fonction du symbole, notamment à travers les rituels de la présentation de soi. Grâce aux symboles, les individus opèrent le passage entre l’intérieur et l’extérieur du groupe. Il s’agit d’une expérience transitionnelle, d’un passage identitaire vécu le plus souvent en situation de groupe. Le doctorant, par exemple, soutient sa thèse de façon très mise en scène. Il rentre dans la salle comme étudiant et en sort comme enseignants chercheurs.

Imposer un sens

Le symbole a pour fonction d’imposer le sens, qu’il s’agisse de rapports de pouvoir ou de représentation utile à la communauté. C’est comme le rôle du porte-parole : il fait exister le groupe en son absence, peut parler au nom du groupe. Il est alors le porteur d’une signification commune validée par le collectif, au point d’oublier les différences. Les individus peuvent avoir des rapports différents à cette situation commune. Par exemple, l’anneau nuptial peut être porté à différents endroits, à différents moments.

Médier les conflits

Le symbole a aussi une fonction de médiateur de conflits autrement insolubles. Moscovici et Garnier, dans les formes de la pensée sociale, mettent cela en évidence à travers la figure de l’étranger. Ce dernier est souvent décrit comme être bizarre, présentant une menace au sentiment de cohérence, de familiarité intra-groupe. Le symbole est le contraire du stigmate qui rejette, disqualifie en déniant tout ou partie de la qualité humaine, par association à des figures animales. « Les barbares n’ont d’humain que les pieds. »

Positionner l’étranger

Le symbole permet de maintenir l’étranger dans le domaine de la culture et de l’humanité. L’étranger peut ainsi changer de position. En s’alliant aux membres du groupe, l’étranger n’est peut-être plus l’homme qu’il était, mais il continue d’appartenir à la même espèce. C’est-à-dire qu’on se le représente et on se familiarise avec lui comme un homme autre et non pas comme un autre de l’homme.

Comment accéder aux symboliques et au processus de construction du sens commun dans les situations groupale

Par les objets symboliques

On peut y accéder par l’étude des objets symboliques du groupe. Il n’existe pas de collectif humain sans objet (Michel Serres, Rome, le livre des fondations). Le collectif ne parvient pas à se former sans que circule en lui la balle dans l’équipe. Le calumet de la paix symbolise être parvenu à un accord. Le verre au dîner, la monnaie en marché, le témoin envolé, le journal « bref du jeudi » pour les doctorants… Il faut cette circulation pour que le multiple épars deviennent un groupe.

Par les représentations sociales

On peut y accéder aussi par l’étude des phénomènes de communication et d’idéologies qui caractérisent la vie des groupes: les représentations sociales. Le groupe reconstruit un système de connaissances, de sens commun s’écartant des informations d’origine. On a ainsi étudié l’adhésion à la psychanalyse chez différents groupes. Le groupe élabore des connaissances courantes socialement partagées avec une visée pratique d’organisation, de maîtrise de l’environnement. Cet environnement est matériel, social, idéel. Elle vise aussi une orientation des conduites et communications.

Il n’existe pas de groupe sans pensée sociale. Celle-ci concourt à l’établissement d’une vision commune de la réalité par un ensemble social (groupe, classe etc.) ou culturelles données. (Jodelé, Grand dictionnaire de la psychologie). Il existe deux formes de pensée sociale : la pensée symbolique (très peu étudiée) et la pensée stigmatique (très étudiée).

La pensée stigmatique

La pensée stigmate qui s’appuie sur le stigmate social, partant du constat d’une différence, elle conduit un désir de se comparer, et de trouver une similitude dans le groupe. La pensé stigmate site satisfait ce désir en transformant cette différence en une identité sociale positive. Le nous se construit contre le « eux », l’in-group contre le out-group. de plus, ceci conduit à un renforcement des similitudes entre groupes et des différences intergroupes (Turner et Tajfeld). Si on veut comprendre l’expérience de discrimination des groupes minoritaires, il faut aussi étudier la pensée symbolique. Ces deux processus font la catégorisation et l’identité sociale.

La pensée symbolique

La pensée minoritaire est sujette à un désir de reconnaissance qui conduit à une recherche de valeurs, d’existence légitime aux yeux des autres. Le but est de changer le regard des autres sur soi. Là où la pensée stigmate site à bord de l’autre en termes de similitude, la pensée symbolique approche l’autre en termes de différences et de recherche de l’autre et de son altérité.

La Tesserre traduit la pensée symbolique car incarne le désir d’être reconnu, d’être réuni avec l’autre, qui possède l’autre moi qui est de l’objet. En fait, les symboles montrent la construction de sens commun dans les groupes. Ces formes symboliques font intervenir un tiers, qui facilite la communication et constitue un support d’échange. Le groupe doit aussi être considéré comme un espace intermédiaire de socialisation. C’est donc le lieu où s’opère une inter-structuration entre le sujet et des institutions dans lesquelles il vit.

On peut dès lors se poser la question : à quoi sert le groupe ? La réponse évidente semblerait être d’adapter l’individu aux institutions. Cependant, le groupe ne doit-il pas aussi servir à individus pour transformer l’institution elle-même ? Qu’est-ce qui change et à qui, à quoi sert le changement? Les groupes sont-ils toujours bénéfiques à l’individu?

Parfois, des pathologies psychologiques s’appliquent non à l’individu mais à un groupe. C’est le cas par exemple des névroses de classes.

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