Risky Shift : la polarisation concerne la prise de risque en groupe, mais aussi les attitudes et les jugements de valeur

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Dans l’article précédent, nous avons vu que le Risky Shift est une polarisation des décisions de groupes vers des solutions socialement valorisées et plus innovantes lorsque les échanges pour prendre la décision favorisent l’exposition des opinions divergentes. La polarisation est d’autant plus forte que le sujet de la décision est important et dépend aussi du type de leadership dont bénéficie le groupe.

Systématisations des résultats

Une critique majeure de l’expérience est l’échantillonnage : constituée d’ingénieurs, les participants étaient considérés comme experts dans la prise de décision risquée.

Une expérience a été effectuée ensuite sur 218 étudiants d’art. Un groupe contrôle a été utilisé, dans lequel aucune discussion me prend place, c’est-à-dire aucun échange d’arguments ne s’effectue en vue de la décision à prendre. Dans le groupe tests, le post-consensus est plus risqué que le pré-consensus.

La discussion est-elle nécessaire à la polarisation ?

On propose trois scénarii de test.

Discussion et choix unanime

Le premier prend place avec une phase de discussions et une décision unanime ;

Discussion sans consensus

Le second s’effectue avec discussion mais sans consensus. L’accent est alors mis sur la production d’opinions diversifiées, selon le paradigme share-unshare. La durée de cette discussion est limitée à cinq minutes.

Consensus sans discussion, par votes successifs

Dans le troisième cas, le choix des participants était inscrit et un accord se fait par votes successifs, mais sans jamais discuter entre eux. Si un désaccord persiste, on a la possibilité de faire un autrefois qui est à son tour inscrit au tableau. À noter que cette méthode est employée sélectionner les professeurs dans les facultés.

Le risky shift apparait lorsque le groupe discute avant la prise de décision

Dans les deux premiers scénarios, là où il y a discussion, les décisions deviennent plus risquées. Là où il n’y en a pas, les décisions restent près de la moyenne. Le consensus oriente dans ce cas d’un compromis. L’augmentation de la prise de risque est retrouvée entre deux à six semaines après l’expérience, pour les 12 scénarii.

Ce phénomène d’augmentation du prise de risque est-il généralisable à autre chose que des prises de risques ?

Moscovici et Zavalon généralisent le concept de polarisation au changement d’attitudes

Jusqu’en 1969, on pensait que cet effet était limité à la prise de risque. À cette date, Moscovici et Zavalon le généralise en étudiant les discussions de groupe sur les attitudes. Il note en effet de polarisation des attitudes. Ces deux expériences ont porté sur les attitudes concernant le général De Gaulle et sur les Américains. Elles étaient composées elle aussi de trois phases. L’hypothèse des chercheurs était que les attitudes des groupes seraient plus extrêmes que celle des individus lorsque ceux-ci sont impliqués dans la tâche.

Expérience sur l’attitude vis à vis de la capacité de De Gaulle à gouverner

Un exemple d’items concernant le général De Gaulle est  » le général De Gaulle est trop âgé pour mener à bien sa difficile tâche politique ».

Pour impliquer les gens, on leur propose une échelle de mesure sur laquelle ils doivent se positionner. Il s’agit d’une échelle de Likert. Celle-ci est supposée impliquer les gens puisqu’on leur demande de s’investir personnellement, en répandant sur une échelle qui va de +3 à +3.

Une échelle de vicaire est opposée à l’échelle de Thurstone, qui propose une échelle allant de 1 à 7. Elle sert non plus à évaluer une position personnelle mais un caractère objectif, qui est l’aspect favorable ou défavorable de l’énoncé par rapport au sujet.

Elle est donc moins impliquante, car elle ne comporte plus de prise de position personnelle.

La polarisation est observée dans toutes les conditions du test d’autant plus que les répondants sont impliqués personnellement dans leur réponse

Dans les deux conditions, l’effet de polarisation est observé, avec des attitudes plus extrêmement en groupe. C’est un effet principal de variable, car le jugement est affecté quelle que soit l’échelle. Les valeurs sont cependant plus extrêmes lorsque le jugement a été mis sur une échelle de vicaire à propos de leurs propres attitudes, que dans l’autre cas. Autrement dit, les décisions en groupe sont plus extrêmes que seuls et ce d’autant plus que le questionnaire engage les gens. L’attitude devient encore plus forte après interaction.

En groupe, on observe plutôt une normalisation tenant compte des attitudes minoritaires, ou d’une position extrême si la tendance est initialement dominante dans le groupe

Pour les Américains, l’attitude est encore moins favorable. L’effet de polarisation a un effet d’extrémisme sur des jugements, ou de radicalisation des attitudes. Il n’y a pas de différence significative entre la phase de consensus et de post consensus. Ce n’est surtout pas un effet de normalisation, car le groupe conserve la position du groupe, qui est extrême et non pas moyenne.

Ces résultats peuvent être interprétés en tenant compte des attitudes minoritaires dans le groupe. Par opposition à l’effet de normalisation*, on obtient un effet de polarisation, définissable comme l’accentuation d’une tendance initialement dominante dans un ensemble de groupes. (Doise et Moscovici).

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