Moreno et la sociométrie : mesurer les liens affectifs pour repérer les sujets isolés et les aider à trouver leur place dans la société

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Moreno, fondateur de la sociométrie

Moreno étudie les affinités au sein du groupe. Tout groupe se structure autour de trois types d’affinités : la sympathie, l’antipathie ou l’indifférence. Contrairement aux comportements, ces relations ne sont pas observables. Moreno est convaincu qu’un individu bien intégré socialement pourra mieux se réaliser et contribuer à la société. Moreno étudie donc le niveau d’une affectivité latente en identifiant les comportements observables qui la caractérisent. Il a élaboré une méthode d’observation comportementale pour atteindre ce niveau de l’affectivité latente : l’enquête sociométrique ou le test sociométrique.

Moreno un projet scientifique : la mesure du social

Morena voulut créer la sociométrie comme discipline pour objectiver les relations affectives, mais il avait aussi un projet politique. Ayant observé la marginalité de certaines personnes par faiblesse de revenus, il a l’ambition d’aider un prolétariat affectif (comme il existe un prolétariat économique). Ce prolétariat affectif dépend de la place plus ou moins trouvée dans la société. Il dépend aussi de la difficulté de s’insérer dans les réseaux d’affinités. Le but de Moreno est de repérer les sujets isolés et d’aider ces personnes à trouver la place qui leur convient le mieux, où ils pourront se réaliser et apporter leur contribution à la société. Il désire créer une société où les gens sont mieux intégrés.

L’enquête sociométrique pour mesurer les liens affectifs

Pour identifier les liens affectifs entre individus, Moreno construit un outil : l’enquête et le test sociométrique. Les deux méthodes sont des questionnaires, composés de deux types de questions. Ce questionnaire s’applique à tous les membres d’un groupe, et porte sur un critère sociométrique bien précis, c’est-à-dire un type d’activité. Il a été appliqué dans le champ scolaire et au sein de l’équipe de travail. Le questionnaire demande d’émettre des choix sociométrique de « choix » ou de « rejet ».

L’utilisation de ce questionnaire un pose des problèmes d’ordre déontologique. D’une part, il faut respecter les principes de base de l’anonymat et de l‘absence de gratuité. Les réponses doivent aider à améliorer la situation des gens. Elle doit donner lieu à une reconstruction sociométrique c’est-à-dire une recomposition des groupes sur la base des affinités exprimées, comme condition de fiabilité. Ce genre de tests a été utilisé de façon plus ou moins convenable par certaines émissions de télé réalité, où le choix des participants était basé sur un test sociométrique répété.

Enquête sociométrique en établissement pénitentiaire

Durant une de ses interventions, Moreno a étudié les groupes d’affinités en établissement pénitentiaire: la communauté de Hudson. Celle-ci accueille 400 à 500 jeunes filles délinquants. L’établissement a fait appel au psychologue social suite à un dysfonctionnement : un de fugue important. Les jeunes filles en établissement pénitentiaire sont isolées affectivement d’après les psychologues sociaux. Affectées à un pavillon parmi 20, de façon aléatoire, l’hypothèse des psychologues est que celles-ci n’arrivent pas à trouver leur place dans le pavillon.

Une enquête sociométrique à large échelle permit d’observer différent statuts sociométriques (c’est-à-dire la popularité) :

  • Les stars (sujets étoiles) sont les membres du groupe recevant significativement plus de choix qu’ils en auraient reçu si seul le hasard avait joué. (Les psychologues se sont servis d’un arsenal d’outils statistiques important).
  • Au contraire, les sujets isolés sont ceux qui reçoivent significativement moins de voix que si la loi du hasard seule avait joué.

Moreno propose de dresser une radiographie effective des groupes : le sociaux grammes.

La notion de cohesion en sociométrie

Une des composantes intéressant les sociométriciens est la cohésion, basé sur le présupposé que la cohésion a un effet positif sur le groupe. La cohésion implique l’absence de conflit ; or, le conflit peut être nécessaire. Le groupe idéal sans conflit est une illusion groupale. Le conflit n’est pas forcément dysfonctionnel.

Cette approche à une autre limite, c’est la façon de mesurer la cohésion : l’indice de cohésion correspond au nombre de choix réciproques divisés par le nombre de choix total émis. Or, il est possible que tous les choix soient réciproques, sans que le groupe soit cohésif. En effet, il est possible par exemple qu’il y a un clivage, une cohésion en cliques alors que la mesure se base sur des relations dyadiques.

Définition de la cohésion sociométrique

La cohésion est définie comme l’ensemble des forces poussant les membres d’un groupe à y rester. Ici, il s’agit des choix réciproques c’est-à-dire l’attraction interpersonnelle.

Cette définition peut être questionnée. Les tenants de la théorie de l’identité sociale par exemple, affirment qu’on ne peut pas réduire la cohésion aux relations interpersonnelles, mais qu’il faut aussi prendre en compte ce que le groupe représente pour les individus, de leur reconnaissance dans le but du groupe, et dans le type de personne qui prend part. L’attraction les dépersonnalisait, il peut s’agir d’abstraction : il existe du une attraction sociale au-delà du groupe.

2 comments

  1. Cours-psycho Reply

    Question de Inoussa: Je voudrais savoir l’utilité de la Psycho Sociale à la sociométrie. En d’autres termes, quel est l’apport de la psycho sociale à l’édification d’une sociométrie?

    De mon point de vue, les différent modèles du groupe élaborés en psychologie sociale ont alimenté l’édification de la sociométrie, qui a un angle de vue bien précis sur le groupe comme déterminé par les relations inter-personnelles au sein du groupe. La psychologie sociale apporte aussi une vision d’ensemble, plus large du groupe comme entité ayant des propriétés différentes de la simple somme de ses individus, elle apporte donc un regard plus « macro » et complémentaire dans l’analyse du groupe par rapport à la sociométrie qui a une approche plus « micro ». Les deux s’enrichissent mutuellement.

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